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Global Award for Sustainable Architecture 2018

Le 14 mai dernier s’est tenue la cérémonie de remise de prix des Global Award for Sustainable Architecture 2018, à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris (16e). Durant cette douzième édition de l’événement, cinq agences ont été récompensées pour leur implication dans une construction plus équitable et plus durable.


Créés par l’architecte et chercheuse Jana Revedin en 2006, les Global Awards ont pour vocation de faire émerger mais surtout fédérer des architectes du monde entier autour d’une éthique environnementale. Le jury, composé d’architectes, historiens et directeurs culturels, a récompensé cette année, les agences Bangkok Project Studio (Thaïlande), Nina Maritz Architecture (Namibie), Marta Maccaglia (Pérou), Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal et Frédéric Druot (France), ainsi que Raumlabor (Allemagne), pour leur pratique sociale de la discipline, ou « l’architecture comme agent d’émancipation des citoyens ». L’occasion d’observer de plus près les enjeux du civic empowerment (que l’on traduit par le néologisme pouvoir-faire civique) actuel et les réponses apportées par ces cinq lauréats.

Bonnserm Premthada (Thaïlande)

Venu tout droit de Thaïlande, Boonserm Premthada est né et a grandi dans un bidonville de Bangkok. Attaché à ses racines et soucieux des conditions de vie des plus défavorisés, il conçoit des projets à vocation sociale tels que Brick Sound pour le Kantana Institute (2011), une école de cinéma et d’animation de premier cycle où il relie les cinq bâtiments existants par des couloirs dont les murs ondulants montent jusqu’à 8 mètres de hauteur. Ces espaces de liaison sont construits en brique crue de terre compressée, matériau local façonné à la main, à Ayutthaya, un des rares villages à appliquer et transmettre cette technique ancestrale menacée. À cette dimension humaine et environnementale s’ajoutent les propriétés acoustiques du matériau, ici exploitées par le concepteur : mal-entendant, Boonserm Premthada s’interroge sur la profondeur des espaces et leur capacité à créer différentes tonalités selon la taille et la forme des pièces.

Raumlabor (Allemagne)

Ce collectif basé à Berlin (Allemagne), est né en 1999 d’un intérêt commun pour les lieux d’interactions sociales fondés sur la notion de « processus » à l’échelle urbaine. Pour chaque projet sont ainsi formées des équipes sur-mesure, composées d’experts, chercheurs et citoyens, afin de créer une sorte de troisième type d’espace, situé entre la sphère privée et la sphère publique. C’est donc sur la base d’installations appelées « Asif » (comprendre as if, « comme si » en anglais ), des « prototypes urbains » temporaires, que l’agence souhaite ouvrir le débat. C’est le cas avec Saale Onsen, un bain public disposé sur le fleuve Saale, en Allemagne, en 2017, dans le but d’expérimenter de nouvelles pratiques citadines. Itinérante, la Küchenmonument est quant à elle une cuisine mobile ayant voyagé dans diverses grandes villes d’Europe telles que Liverpool (Royaume-Uni), Venise (Italie), Varsovie (Pologne) ou encore Berlin (Allemagne). Son enveloppe gonflable offre un espace hors du temps aux différents usages, allant de la salle de conférence au dortoir en passant par le hammam.

Marta Maccaglian (Pérou)

Le travail de Marta Maccaglia est celui de toute une vie, une vie dédiée à l’accès à l’apprentissage pour les populations les plus pauvres. Segmentation de la société, délaissement des bidonvilles, manque d’eau et d’électricité courantes, territoires parfois inaccessibles… c’est avec les contraintes et les ressources qu’elle trouve sur place que l’architecte italienne crée des espaces communautaires polyvalents. Main dans la main, autochtones et bénévoles participent ainsi à l’édification d’écoles, de cantines ou d’internats : « L’assistanat n’est jamais la solution », explique Marta Maccaglia, convaincue que la réponse se trouve dans l’implication des populations locales. Dans la jungle péruvienne, un pavillon de plain-pied multifonctionnel – cantine, école et espace communautaire –, en ossature bois de 124 mètres carrés prend ainsi place. Par l’utilisation de panneaux mobiles, faisant office de tables à l’horizontale et de persiennes ou de cloisons à la verticle, la salle peut héberger différentes fonctions : travail, restauration, auditorium ou simplement lieu de rassemblement. Grâce à sa créativité, Marta Maccaglia et son association Semillas réussit ce pari fou de faire « beaucoup avec peu de moyens », un challenge quotidien qui a permis à six nouvelles écoles de voir le jour au Pérou.

Nina Maritz (Namibie)

Pour Nina Maritz, qui a grandi en Namibie sous le régime de l’Apartheid, a vécu le racisme et les inégalités sociales, il est important de remettre l’humain au centre des préoccupations, environnement notamment. De cette manière, elle fonde ses projets sur des gestes durables et prend soin que son intervention impacte au minimum le paysage, quitte à ce que ses structures ne soient pas « photogéniques ». Elle explique que « le processus devient l’esthétique et vice-versa », fonctionnant comme une dialectique dont l’architecte est le médiateur. Dans la ville de Gobabis Oshakati (Namibie), elle érige un ensemble de trois bibliothèques nommé Regional Study & Resource Centres, en mesquite, une essence de bois massivement présente sur le lieu mais difficile à travailler. Une utilisation qui permet par ailleurs de créer de l’emploi dans la région. De ces expériences, au plus proche des Namibiens, elle tire des directives environnementales qu’elle enseigne en milieu universitaire.

Anne Lacaton, Jean-Philippe Vassal et Frédéric Druot (France)

L’approche de l’agence Lacaton & Vassal, en collaboration avec Frédéric Druot, est en quelque sorte le pendant négatif de la stratégie urbaine menée par le baron Haussmann durant le XIXe siècle à Paris, visant à raser et reconstruire de larges morceaux entiers de la capitale. « Détruire un logement c’est démolir des vies », assène Jean-Philippe Vassal, à propos de la politique de déconstruction actuelle parfois menée à Paris. Ces rénovateurs de l’extrême se sont donc engagés dans un travail de repérage de bâtiments d’habitat qu’il est possible de transformer sans passer par la case démolition. Ils s’appliquent à tirer le meilleur des capacités des grands ensembles français, afin de garantir confort et économie aux occupants. À Paris, leur projet phare de La Tour Bois-le-Prêtre (17e), réalisé en 2011, est un immeuble des années 1960 dont les façades ont été réisolées et complétées par des jardins d’hiver-balcon. Une rénovation écologique et sociale puisqu’elle permet d’étendre les surfaces de vie des locataires, qui n’ont pas eu besoin de déménager durant les travaux, mais aussi de diminuer de 60 % les factures de chauffage. La reconstruction plutôt que la destruction : une démarche qu’ils défendent avec force et espèrent bien généraliser.

Pour en savoir plus, visitez le site de l’agence Lacaton & Vassal

Photographies :

1-2 et 7) Kantana Institute (Thaïlande), Sound Block, © D.R.

3 et 8) Pop-up « Kitchen Monumuent » à Liverpool, © Raumlabor

4 et 11) Salle de classe multifonctionnelle à Mazaronkiairi © D.R. 6,

13-15) Tour Bois-Le-Prêtre, Paris (17e), © Philippe Ruault

9) Projet « Kitchen Monument » à Francfort (Allemagne) © Raumlabor

10) Sauna dans l’ancien port de Göteborg (Suède), vestiaire et passerelle d’accès © Raumlabor

12) Ecole Chuquibambilla (Pérou) © D.R.

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